Impacts du retrait des financements américains sur la tuberculose

An image of a small medical facility in the Kangemi informal settlements in Kenya

Au premier jour de son second mandat, le président Trump a signé plusieurs décrets exécutifs qui ont profondément modifié le paysage de l’aide extérieure américaine dans le domaine de la santé. Ces mesures ont entraîné l’arrêt de nombreux programmes de santé mondiale et menacent de faire régresser les progrès réalisés dans la lutte contre les maladies infectieuses telles que la tuberculose et le VIH.

Les conséquences de ce retrait initial se font sentir parmi les communautés d’une grande partie de l’Afrique. « Nous perdons de vue les cibles de l’OMS visant à réduire de 90 % les décès liés à la tuberculose et à diminuer de 80 % les nouveaux cas d’infection d’ici 2030 », explique Dorothy Adongo, survivante de la tuberculose et agente de santé communautaire en matière de tuberculose au Kenya.

Dorothy Adongo, survivante de la tuberculose et agente de santé communautaire en matière de TB au Kenya

Image of an African female activist, Dorothy Adongo
Dorothy Adongo, TB survivor and community health worker, Bungoma County, Kenya

Le retrait a eu un impact considérable sur la prestation des services essentiels contre la tuberculose, y incluant: le diagnostic, le traitement, les interventions contre la co-infection TB-VIH et les initiatives de recherche, pourtant cruciales pour éradiquer la maladie. De nombreux agents de santé se retrouvent sans emploi, et les pénuries de médicaments sont fréquentes dans le comté de Bungoma, où travaille Dorothy. « Les services gratuits pour la tuberculose ne sont plus disponibles », déplore-t-elle, soulignant que patients et agents de santé doivent désormais payer de leur poche les rares services encore offerts.

En République démocratique du Congo, où la charge de morbidité liée à la tuberculose est élevée, le retrait des financements a particulièrement eu des répercussions sur les organisations de la société civile. « En janvier, tous nos projets, toutes nos activités ont été suspendus – les droits communautaires et le genre, la lutte contre la stigmatisation, le plaidoyer, les partenariats et la mobilisation sociale », explique Maxime Lunga, directeur exécutif du Club des Amis Damien, une organisation qui soutient les patients atteints de tuberculose. « D’autres ONG et organisations ont fermé », ajoute-t-il. La situation se dégrade, avec une baisse de l’observance du traitement antituberculeux – ce qui fait craindre une recrudescence des cas et une montée de la résistance médicamenteuse.

Maxime Lunga, directeur exécutif du Club des Amis Damien

Image of a formally-dressed African male who is a TB civil society actor in DRC
Maxime Lunga, Executive Director of Club des Amis Damien

Très peu de bailleurs ou de gouvernements se sont mobilisés pour combler le vide laissé sur le continent. « Les financements nationaux sont très limités, et nous devons plaider auprès de nos décideurs politiques et de nos chefs d’État pour qu’ils en fassent davantage », affirme Maxime.

Les efforts antérieurs du gouvernement américain ont pourtant largement contribué à l’amélioration des résultats sanitaires liés à la tuberculose, notamment en aidant à sauver plus de 58 millions de vies depuis 2000 et en contribuant à une baisse de 9 % de la mortalité liée à la TB entre 2019 et 2023 dans les pays prioritaires de l’USAID. Selon les données rapportées par les programmes nationaux de lutte contre la TB à l’OMS, et celles transmises par le gouvernement des États-Unis au Système de notification des créanciers de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les États-Unis ont fourni environ 200 à 250 millions de dollars américains par an en financement bilatéral pour la réponse à la tuberculose au niveau des pays. Ce montant représentait environ un quart du total des financements internationaux des bailleurs de fonds pour la TB.

Aujourd’hui, l’Amérique dispose d’une nouvelle stratégie de santé mondiale – une stratégie qui place en avant les intérêts américains. Axée sur des accords bilatéraux, cette stratégie appelle à maintenir l’engagement envers « les objectifs ambitieux fixés au cours des dernières décennies pour le VIH/sida, la tuberculose, le paludisme et la poliomyélite ». Mais ce que cela signifiera concrètement pour les communautés les plus touchées reste encore à déterminer.

Texte rédigé par le Dr Charles Ebikeme, consultant associé et rédacteur scientifique